Bakuman : L’histoire d’un manga sur le manga

29 02 2012
 

Critique Manga

Bakuman

Découvrez l’histoire de deux adolescents qui se lancent dans la création d’un manga. Un titre documentaire sur une industrie de la BD.

Pour l’ouverture de ce blog, quoi de mieux que de commencer par un manga qui présente une sorte de documentaire sur les processus de création de manga au sein du magazine Weekly Shônen Jump ?

Titre : Bakuman

Type : Manga

Style : Shônen

Nombre de tomes :

16 pour le Japon (en cours) (18 tomes si on inclut les chapitres en magazine) / 9 pour la France

Auteur : Takeshi Obata (dessinateur) / Tsugumi Ohba (scénariste)

Sujet : Processus de création d’un manga

PS : Cet avis se base du chapitre 1 jusqu’au chapitre 151 (fin du tome 17)

Bakuman est le dernier gros projet du duo Takeshi Obata (dessinateur) et Tsugumi Ohba (scénariste) : duo qui s’illustra dans le passé avec Death Note. Comme je l’ai indiqué plus haut, Bakuman documente le lecteur sur l’industrie du manga, et tout particulièrement le Weekly Shônen Jump.

Pour les personnes qui n’ont jamais entendu parlé du Weekly Shônen Jump, il s’agit d’un magazine de prépublication hebdomadaire de manga, qui a vu la naissance des shonen les plus populaires tels que Dragon Ball, City Hunter, Saint Seiya, Hokuto No Ken, Naruto, One Piece…

Bien évidement un manga purement informatif de 17 volumes risque d’être peu attrayant à lire. C’est ici que l’on peut reconnaître le retour de nos 2 génies puisqu’ils rajoutent une histoire typée shônen autour de 2 adolescents souhaitant écrire leur manga.

Si il y a bien un auteur qui peut informer les bouquineurs de ce phénomène, c’est certainement ce duo.

Bien qu’Obata ne soit pas nécessairement plus productif ou populaire qu’un Oda, ou Toriyama, il cumule en revanche un profil plus intéressant que les 2 autres au sein de ce magazine. Obata fait partie des 5 mangaka ayant 2 séries (Hikaru No Go, et Death Note) dans le top 50 total des ventes du Japon (à vrai dire 3 désormais si on inclut Bakuman).

Il possède une carrière assez longue au sein du Weekly Shônen Jump qu’il n’a jamais vraiment quitté depuis le début des années 90. De plus, il s’agit de l’un des rares mangaka à succès qui collabore régulièrement avec des scénaristes.

Ses titres connurent diverses adaptations (jeux vidéo, animés, films live, drama…).

Enfin, il a dessiné un manga qui s’écarta un peu de la ligne éditoriale du Shônen Jump : Death Note.

Death Note : l’un des manga les plus sombres du Weekly Shônen Jump

En terme d’expériences plus concrètes, Obata représente à l’heure actuelle un artiste qui a illustré plus de 20000 pages au sein du Weekly Shônen Jump et a vendu plus de 60 millions de tomes sur l’archipel nippon.

Résumé

L’histoire de Bakuman se centre sur 2 adolescents de 15 ans : Moritaka Mashiro et Akito Takagi. Moritaka Mashiro est au départ du manga, un jeune qui vit au jour le jour sans trop s’interroger sur son avenir. Il possède un certain talent au niveau du dessin, mais ne souhaite pas devenir mangaka depuis la mort par surmenage (karôshi) de son oncle qui était mangaka professionnel.

Moritaka Mashiro est secrètement amoureux de Miho Azuki, une camarade de classe.

Akito Takagi (le meilleur élève du Japon) arrive toutefois a convaincre Mashiro de devenir mangaka en lui signalant que son amour n’est pas à sens unique, mais également en lui indiquant que Miho Azuki souhaite devenir seiyuu (doubleuse).

Le duo « Muto Ashirogi » se forme, Akito Takagi s’occupe de la partie scénario, tandis que Moritaka Mashiro s’occupe du dessin. Leur but étant de devenir des auteurs à succès au sein du Weekly Shônen Jump.

Suite à une certaine confusion, Moritaka Mashiro et Miho Azuki se promettent de s’épouser si elle double un des personnages d’un manga adapté en animé de nos 2 protagonistes principaux.

  Si seulement, il aurait pu être aussi directe tout le long du manga… Il y a des baffes qui se perdent

Le manga va s’intéresser aux divers phénomènes qui touchent le monde du manga avec des chiffres assez précis sur les revenus des mangaka, du taux de réussites, mais aussi sur les étapes de conception du manga (nemu (storyboard), assistant, les choix d’éditeurs, l’univers des votes, des tests de one shot…), le pouvoir d’internet ou bien encore quelques anecdotes.

Bakuman décrit également certains aspects peu reluisant tels que le karôshi, « l’ influence possible » d’un manga sur la jeunesse.

Le titre met en valeur les différents postes nécessaires à la production d’un manga, faisant bien comprendre aux lecteurs, qu’il s’agit véritablement d’un travail long et fastidieux, exigeant de la rigueur, de l’imagination et du talent.

Point assez drôle à signaler, le chapitre 117 ( l’arc Nanamine) qui traite du manga via le web a peut être fait réagir le mangaka Shūhō Satō. En effet, une semaine après la diffusion de celui ci, Shūhō Satō déçu de Bakuman décide de réaliser un titre concurrent (Bokuman). Le titre se veut beaucoup plus sérieux à ce sujet. Le point à savoir, est que Shūhō Satō est un mangaka qui participe à la culture du web, et n’a pas hésité à partager certains de ses manga sur la toile.

Simple coïncidence ? Effet de Buzz ? Simple profit de la concurrence ? Énervement de l’artiste ? Toujours est-il que cet arc a le mérite de soulever certaines questions sur la production d’un manga.

D’ailleurs à ce sujet, le manga pointe certaines limites du système Weekly Shônen Jump. Des idées malheureusement pas assez mises en avant par notre duo.

La stratégie The Asylum?

Bien que cela ne soit pas une autobiographie, on pourra faire quelques parallèles avec la carrière d’Obata sur l’aspect de ce duo « Muto Ashirogi », mais également Tsugumi Ohba avec la profession de l’oncle (Tarō Kawaguchi).

Des rumeurs, une vieille discussion avec le prétendu fils de Tsugumi Ohba sur 2chan et certains indices dans le manga laissent penser que Tsugumi Ohba est également Hiroshi Gamō (auteur du gag manga Tottemo! Luckyman).

Si la rumeur s’avère exacte, cela ne fait qu’enrichir le fait que ce duo est parfait pour représenter ce manga par leur expérience particulière.

Bien que le manga n’illustre pas toujours des cas connus à travers ses arcs, on retrouve de manière indirecte quelques exemples de manière détournée qui ont pu touché la société nippone (comme l’histoire de l’animé PCP, et le cas de l’hélium pour l’anime Sket Dance).

On pourra également faire un parallèle d’une représentation caricaturale de certains mangaka de Bakuman, à certains mangaka IRL.

On peut supposer que Hiramaru = Yoshihiro Togashi (Hunter X Hunter), qu’Eiji Niizuma = Toriyama (Dragon Ball), Ko Aoki = Mizuki Kawashita (Ichigo 100%) et Muto Ashirogi = Takeshi Obata/Tsugumi Ohba

 Togashi style : Hiramaru est certainement l’un des personnages les plus marquants de la série

Nous apprécieront le fait que la société Shueisha ne cherche pas à se cacher sur l’aspect capitaliste de leur magazine. Le manga du Jump peut être bon, mais ce qui compte avant tout, ce sont les votes. Un éditeur n’hésitera pas à exiger des modifications, si le manga s’écarte de l’esprit jump, ou si les votes de ce dernier ne sont pas terribles. A l’inverse, si le manga se classe dans les top, il devient quasi impossible pour un auteur de stopper son manga.

C’est un système à double tranchant, car on voit très bien certains manga continuer malgré l’ennui de l’auteur (Togashi avec Hunter X hunter), ou bien encore le manque d’inspiration (Kubo avec Bleach).

Malgré ce thème un peu particulier, on voit malgré tout que le manga Bakuman garde la touche « Jump ». Bien qu’il soit un peu à part, l’aspect Nekketsu, l’humour, les thèmes de l’amitié, de la rivalité, et de l’amour pur sont abordés.

Et c’est peut être le défaut du manga…

Bakuman souffre parfois d’un soucis de rythme et de cohérence. Les 2 artistes répètent certains schémas en double, voire en triple. Du coup, l’effet de déjà vu se ressent sur quelques arcs. De plus, Bakuman se focalise trop sur le monde du Weekly Shônen Jump. Bien que l’on peut comprendre qu’il est difficile d’aborder le travail et des chiffres de la concurrence, il aurait été intéressant d’introduire quand même les autres magazines comme Margaret (Shōjo), Ultra Jump (seinen)… Quelques noms de manga concurrents sont cités tels que Ashita No Joe, et quelques noms de magazines de la Shueisha sont cités mais sans jamais plus poussés l’idée. Pareil, il est regrettable que Bakuman n’introduise pas certaines notions au niveau des études, ou bien encore des manga indépendants et amateurs : le doujinshi. Certes des titres comme Doujin Work le fait déjà, mais il aurait été intéressant d’avoir un aperçu globale de l’industrie en question.

Le manga aurait pu enrichir les informations liées à ce métier, plutôt que de devoir ré-exploiter des idées pour allonger artificiellement le manga.

Toutefois, il faut relativiser cet aspect, puisque le manga n’est pas terminé, et que celui-ci a certainement encore de beaux jours devant lui.

Au final, l’aspect Shonen Jump fait souffrir le manga sur quelques points. Bien que Bakuman est un OVNI à l’instar de Death Note, les auteurs ont respecté certaines chartes comme le nekketsu… Le manga se veut de base assez réaliste, mais à vouloir trop introduire la notion de rivalité, le manga perd en logique.

C’est l’heure du duel !

Les classements de vote n’ont pas de logique. Parfois, cela peut se justifier (les arcs Nanamine), parfois, c’est clairement ridicule (l’arc final de Crow).

Autre point relativement fâcheux, l’histoire d’amour entre nos 2 protagonistes . Outre une niaiserie exacerbée qui ferait pâlir Love Hina ou Ichigo 100%, Bakuman a une histoire d’amour totalement déséquilibrée par rapport au manga. Parfois, elle monopolise quasiment un tome, voire deux, et parfois, c’est limite si on se demande si l’héroïne n’a pas décédé entre temps. La relation entre les 2 personnages est insupportable, beaucoup trop « conte de fée » tandis que celle des autres personnages sont bien mieux introduites, beaucoup plus directes.

De plus, cette histoire d’amour intègre là aussi quelques incohérences (le doublage de l’anime de natural).

Au niveau du dessin

Takeshi Obata réalise une fois de plus, un magnifique manga sur le plan artistique. Bakuman est moins détaillé que Death Note, mais il est indéniable que la patte de l’artiste est reconnaissable et réussi.

Au niveau du dessin, Bakuman est plus détaillé que la moyenne du Jump, et on sent véritablement une bonne implication sur le choix des plans. Takeshi Obata s’applique particulièrement pour illustrer les outils des mangakas, notamment sur l’aspect des nemus.

L’auteur a pris plus de soin sur les nombreuses expressions de visage. Expression tantôt humoristique, tantôt sérieuse ou typée death Note. On remarquera qu’étrangement le tome 7 est le tome qui possède la plus grande richesse d’expressions avec parfois des visages assez similaires à des meme du style « Y U NO » Guy, OMG rage face… Peut être des essais de l’auteur pour enrichir la palette d’émotions des personnages, un simple effet de mode, ou un assistant temporaire ? Difficile de le savoir, mais cela s’accorde plutôt bien renforçant parfois l’humour du manga.

Un point que j’aimerais bien voir développé. Un one shot « spin off » de recueils sur les one shot fictifs présentés dans Bakuman tout en conservant une touche de débutant. Il permettrait de mieux mettre en avant certaines histoires qui semblent être intéressantes, mais également de souligner via des annotations quelques pistes de réflexions sur les erreurs de débutants.

Le soucis est que le manga décrit la situation par rapport à chaque One Shot, mais il est difficile de s’en rendre compte directement sans des exemples concrets.

L’arc Nanamine introduit un peu cette idée pour le premier chapitre, mais ne pousse au final pas trop loin la réflexion, ou l’enrichissement d’informations à ce sujet. On peut comprendre qu’il est assez difficile de le faire sur plusieurs chapitres, d’où l’idée d’un recueil.

Conclusion :

Bakuman est un bon manga qui change un peu des productions habituelles. Pour la personne qui débute sur l’univers du manga en général, ce livre est relativement riche en information. Les périples de nos 2 héros se suivent avec passion, et on souhaite découvrir un peu plus de leurs projets. De plus, le trait d’Obata permet de sublimer cette œuvre pour notre plus grand plaisir.

Toutefois, le manga se perd un peu sur la longueur, mais également à vouloir trop conserver l’identité Jump faisant perdre un peu de cohérence, et de rythme à Bakuman.

On regrettera également le fait que Bakuman n’explore pas plus l’univers globales des mangaka, mais s’attarde uniquement au Weekly Shônen Jump.

Les + :

– Un manga qui traite d’un sujet original

  • Beaucoup d’informations sur le milieu du shonen Jump
  • La qualité des dessins
  • Hiramaru
  • La conservation du style Jump…

Les – :

  • …Au détriment parfois de la logique du manga
  • quelques longueurs avec des arcs doublons
  • informations trop focalisées sur le shonen jump
  • l’histoire d’amour des 2 personnages principaux

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