Mother Sarah

8 03 2012
  Critique manga

Mother Sarah

Découvrez le portrait de Sarah, une femme à la recherche de ses enfants dans un monde post-apocalyptique.

Aujourd’hui, c’est la journée de la femme, et vraiment par un pur hasard, j’avais décidé d’écrire un article sur Mother Sarah, un manga qui met en avant le portrait d’une femme forte, et d’une mère dans un monde post-apocalyptique.

 

Titre : Mother Sarah

Type : Manga

Style : Seinen

Nombre de tomes :

11 tomes en France / 7 au Japon

Auteur : Otomo Katsuhiro (scénario), et Nagayasu Takumi (dessin)

Sujet : Une mère à la recherche de ses enfants

Mother Sarah est un projet réalisé par Otomo Katsuhiro (scénariste), et Nagayasu Takumi (dessin). Otomo Katsuhiro est l’un des mangaka les plus réputés dans le monde, notamment pour son œuvre majeure : Akira. Initialement le projet devait tourner autour d’une sorte de Terminator à la sauce japonaise, mais bien que dans les deux cas, l’univers se base sur un monde post-apocalyptique, les deux histoires n’ont absolument aucun rapport (à part le prénom de l’héroïne Sarah). A vrai dire, l’univers de Mother Sarah s’oriente plus vers un Mad Max que d’un Terminator.

Mother Sarah a débuté en 1990 dans le magazine de prépublication japonais « Young Magazine ». La série fut publiée dans nos contrées en 1996 grâce à Delcourt. Bien qu’il ne s’agisse pas des prémices des manga édités en France, Mother Sarah faisait tout de même partie des rares albums japonais disponibles à l’époque.

Toutefois, les fans japonais, ou français devront patienter plusieurs années avant de connaître la fin de l’histoire. L’attente en France entre le tome 9 et 10 a duré 6 années…

 Résumé

La terre fut autrefois dévastée par un conflit nucléaire. Vivant dans une colonie spatiale au côté de son mari et de ses enfants, Sarah souhaite comme la majorité des individus, regagner sa terre natale qui est redevenue « habitable ». Toutefois, son mari appartient au parti « Mother Earth », et celui ci est considéré comme un terroriste. Juste avant le grand voyage pour la Terre, le mari se fait intercepter, et un mouvement de panique éclate dans la foule, suite à une explosion. Sarah se retrouve ainsi séparée de son mari et de ses enfants.

Les années ont passé, et Sarah parcourt au côté du marchand Tsétsé des milieux hostiles à la recherche de ses 3 enfants.

 

Contexte du monde de Mother Sarah

Suite à un conflit nucléaire rendant la Terre difficilement vivable, les terriens se sont réfugiés sur des 5 grandes plate-formes spatiales en attendant que la Terre soit de nouveau un milieu hospitalier.

La vie se passe plus ou moins paisiblement sur ces colonies pendant 7 ans avec un retour d’une ère civilisée, jusqu’au jour où, un scientifique sème la discorde au sein de la population.

Selon son expertise, l’explosion d’une bombe puissante, mais faible en radioactivité permettrait à la Terre de dévier légèrement de sa trajectoire initiale. L’hémisphère Nord qui est à l’origine la zone la plus irradiée resterait inhabitable par des températures négatives beaucoup trop extrêmes pour la survie de l’humanité ; en revanche, l’hémisphère Sud serait propice à la survie de l’homme…

Devant la folie d’un tel projet, deux idéologies gouvernementales se forment, d’un côté le parti « Epoque » qui souhaite mettre en place le projet du scientifique pour l’avènement d’une nouvelle ère pour l’humanité sur Terre, et de l’autre, le parti « Mother Earth » qui s’oppose farouchement à l’idée de lancer une nouvelle bombe sur Terre.

Le ton monte dans les deux partis, et des actions extrémistes sont entreprises au point de provoquer une guerre civile.

Malgré tout, les partisans d’Epoque parviennent à fabriquer secrètement la fameuse bombe et appliquent le projet du scientifique. Il faudra toutefois attendre 3 années avant que La Terre soit de nouveau habitable, et la guerre civile a décimé une bonne partie de la population des colonies…

Les années passent sur terre, mais le contexte n’est guère plus réjouissant. Tout d’abord, la planète se compose majoritairement de déserts, et de villes dévastées. La nourriture et l’eau sont des denrées très précieuses. De plus, la guerre qui opposait les 2 grandes factions existe toujours…

Pire encore, des nouveaux groupes extrémistes prennent forme divisant un peu plus ce monde dans une situation déjà bien chaotique. Les jeunes qui n’ont pas vécus la première grande guerre sur Terre, tiennent pour responsables les adultes, et décident pour une partie d’entre eux de vivre en autarcie dans un milieu dictatorial. D’autres vivent en gangs pour simplement semer la terreur et assurer leur propre survie.

Bref, la loi de la jungle s’applique dans le monde de Mother Sarah.

 

Les personnages

Sarah est l’héroïne de ce manga. Au début, nous apprenons peu d’informations sur ce personnage. Elle est à la recherche de ses 3 enfants depuis des années, et elle remue ciel et terre afin d’atteindre son objectif. Elle incarne à diverses reprises dans le manga, le rôle d’une femme forte et fragile, mais également le rôle d’une mère. Elle sait se battre et la survie n’a aucun mystère pour elle.Sarah cache toutefois un très lourd fardeau qui aura des conséquences sur sa vision des événements.
Tsétsé est le marchand qui accompagne Sarah. Doué en affaires, son leitmotiv pour la vente est « je vends tout ce que tu veux sauf l’amour et le courage ». Tsétsé est un individu curieux. Bien qu’il ne soit pas à la base très courageux, il n’hésite pas à sortir Sarah plus d’une fois du pétrin.

Le premier aspect qui fascine quand on lit Mother Sarah, c’est véritablement sa mise en scène. Ce manga est véritablement construit comme un film sur le plan de la narration. Chaque plan suit une logique précise, et il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de dialogues, ou de textes pour comprendre tout ce qui se passe. Le trait de Nagayasu Takumi démeure simple/conventionnel, mais détaillé. Les situations sont parfaitement dessinées, et rares sont les manga qui atteignent un tel niveau de narration visuelle (Gon, Blame par exemple). Mother Sarah s’illustre avant tout une lecture visuelle, et c’est ce qui fait clairement la force de ce manga.

Point assez drôle à signaler, le coup de crayon de Nagayasu Takumi fait penser à celui d’Otomo.

De plus, le début de Mother Sarah propose une œuvre riche en émotions, déjà par la présence du combat d’une mère à la recherche de ses enfants, mais également par la présence de passages relativement difficiles mettant en avant des thèmes comme l’infanticide, les horreurs de la guerre, les enfants soldats, le viol, tout cela dans un univers typé à la mad max. Toutefois, l’univers de Mother Sarah n’est pas rempli que de noirceurs, mais possède également une touche d’espoir.

Après, Akira, et Domu, Otomo mettra également une fois de plus le thème de l’enfant dominateur dans une société adulte.

 Sarah, un personnage fort et faible à la fois

On pourrait s’attendre au quasi sans faute… mais non

Bon, tout d’abord, vous avez certainement relevé quelques absurdités scientifiques vis à vis du contexte dans lequel est plongé le manga (d’autres sont également présentes). A la limite, peut-être que cela est dû à une méconnaissance du sujet à l’époque.

En revanche, là, où le bât blesse, c’est déjà la présence de certaines incohérences scénaristes, mais aussi et surtout qu’Otomo a soudainement changé le cap de série.

En effet, les premiers tomes décrivent le combat d’une mère alors qu’à la fin, on se retrouve avec le combat d’un pseudo révolutionnaire, d’une intrigue politique et écologique pas suffisamment travaillée.

Une coupure assez radicale que l’on pourra même comparer vis à vis des dialogues. Les premiers tomes sont avares en texte, mais assez riches en émotions, alors qu’à l’inverse, la fin s’avère riche en dialogues, mais les passages « durs » n’apportent plus le flot d’émotions que propose à l’origine Mother Sarah.

 

L’édition française

L’édition française diffère de la version japonaise. D’un côté, on ne peut qu’applaudir le choix du format à la franco-belge permettant d’avoir un beau livre de grande taille mettant clairement en valeur la mise en scène fabuleuse du livre.

Le point qui en revanche fait plus grincer des dents, c’est qu’au final, Delcourt a sorti beaucoup plus de tomes qu’au Japon, au détriment du lecteur.

En effet, l’histoire au Japon se conclut au bout de 7 volumes, alors qu’en France, il faut compter 11 tomes… De plus, Mother Sarah n’est pas une œuvre dense en lecture de base, le découpage du titre n’a pas été toujours réalisé de manière judicieuse, et quand certains tomes se terminent à peine en 10 minutes, on reste un peu sur sa faim…

De plus, qui dit format de luxe, signifie forcément un prix plus élevé. Les tomes coûtaient entre 11 et 17€ alors qu’au Japon, Mother Sarah ne coûte pas spécialement plus cher que des titres concurrents. Bien que je n’attribue pas une valeur de prix par rapport à la durée de vie d’un produit, certaines personnes seront beaucoup plus frileuses de dépenser autant sur des livres qui se lisent aussi rapidement (d’autant plus que le manga n’étant plus édité a vu sa côte monter autour de 25/30€).

 

Conclusion

Mother Sarah n’est pas un titre à conseiller aux âmes sensibles. Des thèmes comme l’infanticide, l’horreur de la guerre, le viol sont abordés. Avec un début riche en émotions, Mother Sarah est un titre qui aurait mérité sans doute plus d’application de la part d’Otomo sur l’aspect du scénario. Outre les incohérences scientifiques et scénaristiques qui peuvent perturber le lecteur, on reprochera surtout au papa d’Akira d’avoir radicalement changé de virage au cours de son œuvre. Un effet qui peut s’expliquer certainement suite à des longues coupures de la part des 2 artistes sur ce projet. On passe du combat d’une mère à la recherche de ses enfants avec des passages relativement durs et riches en émotions, pour au final se retrouver avec une histoire qui se base surtout sur une affaire politique et écologique moins maîtrisée.

En revanche, on saluera clairement le travail de dessin Nagayasu Takumi qui a su véritablement apporter une mise en scène remarquable.

Les +

  • La qualité de la mise en scène
  • Sarah
  • L’ambiance

Les –

  • Incohérences scientifiques et scénaristiques
  • Le changement radical
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