Larme Ultime

13 03 2012
  Critique manga

Larme Ultime

Découvrez un manga traitant d’une histoire d’amour complexe et triste avec une jeune fille qui est devenu une véritable machine à tuer.

Larme Ultime / Saikano / Saishuu Heiki Kanajo / She, The Ultimate Weapon. Tant de noms pour décrire une même œuvre. Saikano est unique en son genre, nous berçant dans un univers post apocalyptique, mélangeant ainsi amour et guerre, amitié et haine. Tant de concepts déjà exploités, mais que Shin Takahashi va réutiliser à merveille.

Titre : Larme Ultime

Type : Manga

Style : Seinen

Nombre de tomes :

7 tomes en France / Japon + un One Shot

Auteur : Shin Takahashi

Sujet : Une histoire d’amour d’un jeune couple dans un monde post-apocalyptique

PS : Le One Shot sera présenté plus tard dans un autre sujet.

Petite présentation de la saga

Larme Ultime est une série de manga de 7 tomes réalisé par Shin Takahashi. Une saga qui s’est enrichie d’un point de vue scénaristique par l’intermédiaire du One Shot (Larme Ultime : Vers La Lumière), ainsi que de la série animée et des OAV qui introduisent trois nouveaux protagonistes.
Le manga fut publié en 2000 dans le célèbre magazine de pré publication « Big Spirit Comic » (20th century boy, Homuculus…,) : magazine étant spécialisé dans le Seinen. Tandis que de son côté, le studio Gonzo a produit l’adaptation animée de la série.
Nous avons eu la chance en France d’avoir la série Saikano, renommée Larme Ultime (jeu de mot entre le mot « larme » et « l’arme »). Celle-ci fut éditée par Akata/Delcourt qui a réalisé un travail de bonne qualité surtout du côté de la traduction. Il faut souligner ici que la traduction est relativement difficile à faire, car les personnages de Larme Ultime utilisent des termes et dialectes typiques d’Hokkaïdo.
Du coté de l’anime, Déclic Images dispose de la licence avec deux coffrets disponibles à petits prix. Vu la différence de prix ridicule, la version Collector s’avère plus intéressante par la présence de certains bonus intéressants et d’un packaging classe.
Par contre, la licence des OAV Another Song acquise par Déclic, semble être annulée.

Le dernier chant d’amour sur cette petite planète
Comme le montre, le titre ici, Larme Ultime est avant tout une histoire d’amour. Attention, ici point de relation niaise que l’on peut trouver dans la majorité de Shôjo ou Shônen. Ici, la psychologie des personnages est travaillée, et elle évoluera au fur et à mesure de l’histoire. La relation entre Shuji et Chise, est l’une des plus intéressante de la scène manga en général.
Le scénario s’introduit réellement à la fin du premier chapitre. La terre est dans une phase apocalyptique (guerre ??? la véritable raison restera obscure à travers l’œuvre). Le Japon demeure l’un des derniers pays ayant réussi à survivre tout en maintenant un certain confort de vie, et celui-ci subit quotidiennement des attaques extérieures des pays limitrophes, cherchant une terre d’exil.
Shuji se promène avec des amis dans la ville de Sapporo (Ville principale de Hokkaido) quand soudainement la ville nippone subit un terrible bombardement. Shuji aperçoit dans le ciel, une lueur qui repousse sans difficulté les ennemis. Cette lueur, c’est Chise, sa petite amie.

A travers cette histoire d’amour, le manga traite naturellement de la sexualité, de la guerre, de la robotisation, et du phénomène de la déshumanisation.

On appréciera le fait que le traitement de la guerre a été fait de façon réaliste et cru, à l’exception du personnage de Chise. Par l’intermédiaire de plusieurs scènes, on ne représente pas le soldat comme un super héros qui headshot tout ce qu’il bouge, mais véritablement comme un être humain tentant de survivre dans un monde chaotique avec diverses motivations par le biais d’une organisation structurée. Ici les soldats sont complètement dépassés par la situation et ne représentent qu’un pion dans cette vaste guerre. Certaines scènes montrent l’aspect radical de la guerre, et illustrent la souffrance des soldats à travers leur blessure mentale et physique faisant face à une mort quotidienne. L’univers des soldats dans larme ultime est en total contradiction avec l’univers des civils qui d’apparence semble plus paisible. Le traitement des militaires ne représentent qu’une petite partie du manga, mais on sent véritablement l’implication de Shin Takahashi pour rendre cet aspect cohérent, et on sent également que l’auteur s’est documenté notamment auprès de la section « forces terrestres » du ministère de la défense japonaise.

On appréciera également le fait que le thème de la sexualité ne soit pas abordé de manière « hentai ». Ici, Larme Ultime le peint de manière réaliste. Les personnages s’interrogent par des réflexions et des gestes,  les craintes liés à la sexualité : la première fois, la sexualité fasse à la mort, la sexualité par amour, ou pour combler un vide dans son cœur. Bien que la sexualité soit assez présente dans l’œuvre, elle symbolise par sa mise en scène  l’union de deux individus, plutôt que d’une scène cherchant à faire monter la libido de certains lecteurs. Naturellement, cette sexualité sert également à enrichir la construction des sentiments de Shuji et Chise.

Les personnages
Comme dit précédemment, les personnages sont bien travaillés. Contrairement, à la plupart des manga, les personnages ne possèdent pas des personnalités clairement exagérées, bien au contraire, ils sont très humains par leur attitude, leurs mimiques, sentiments…

Chise

Chise représente le personnage le plus intéressant de la série. Fille maladroite, timide, faible : Son leitmotiv est « je suis désolée ». Chise cumule en plus avec le cliché de la fille niaise. D’un point de vue intellectuel et aptitudes physiques, elle stagne en dessous de la moyenne (sauf en histoire). Elle semble d’apparence être une fille banale sauf qu’elle est devenue une arme à destruction massive, ayant la lourde responsabilité de protéger le Japon. La protection qu’elle accordera au pays sera principalement liée à l’amour qu’elle porte à Shuji. Malheureusement pour elle, ce n’est pas par plaisir qu’elle effectue ce travail, car elle déteste tuer. Son instinct de survie prend parfois le dessus, dévastant ainsi tout ce qui l’entoure, c’est en se réveillant que Chise se rend compte du désastre dont elle est responsable.
Malheureusement, au fur et à mesure, qu’elle devient une arme, elle se déshumanise aussi (symptôme de la banalisation de la violence ? double personnalité générée par son statut d’arme ? Traumatisme de la guerre?, En effet, ce traumatisme est souvent généré lors de guerre ou d’événements dramatiques. Bons nombres d’œuvres traitent de ce sujet comme Battle Royale ou Walking Dead, qui décrivent parfaitement l’instinct de survie de l’homme, lorsque nous sommes opposés à une situation chaotique).
Chise, c’est le pouvoir de vie ou de mort confié à une jeune fille qui n’est pas préparée mentalement et physiquement pour cela. D’un point de vue de ses collègues militaires, elle incarne à la fois la mascotte, la sauveuse mais également la faucheuse, sauf qu’à l’exception de Tetsu,  aucun ne la voit en tant que femme.

On pourrait même dire que Chise incarne la bombe nucléaire : traumatisme qui a clairement marqué le Japon avec les événements d’Hiroshima et Nagasaki. Une thématique reprise dans de nombreuses œuvres japonaises comme Akira, Dragon Ball, Mother Sarah… mais ici, « la bombe » est humaine.

Les 2 OAV Another Song renforcent cette situation. A l’instar de la nouvelle « Lune de Miel en Enfer » de Fredric Brown, du livre de recueils « Fantômes et Farfatouille », si les scientifiques préparent une arme ultime à une dictature, que se passerait-il ??

Shuji :

Brillant élève, et sportif. Celui-ci s’oppose totalement à Chise par sa franchise et son côté bourru. Un caractère assez fort d’apparence, mais Shuji se cache derrière des barrières affectives pour masquer ses faiblesses.  Il répète souvent à Chise « Idiote ». Au début, il accepte sa relation avec Chise uniquement pour son physique, mais petit à petit, de véritables sentiments se développeront à son égard. il tombera vraiment amoureux de Chise. Lorsque Shuji apprend que Chise est une arme, il ne cache pas sa surprise (logique), mais il mettra réellement du temps à réaliser le statut particulier de Chise. Il reste souvent en tant que spectateur/narrateur mais rarement en tant  qu’acteur à cause de sa maladresse et de son sentiment d’impuissance face à une telle situation.

Chise et Shuji = Ying et Yang

Pourquoi, je fais une comparaison entre le Ying et le Yang, et Chise et Shuji ? Car ces 2 personnages illustrent parfaitement ce principe.
Le principe du Ying et du Yang, c’est une complémentaire, par la différence, le principe des extrêmes qui s’attirent (lorsqu’on regarde le signe du Ying et du Yang, on voit distinctement cette différence, mais aussi cette union entre les 2 symboles). Un symbole qui incarne également de l’union de l’homme et la femme.
C’est exactement le même principe pour Chise et Shuji, ils sont tous les 2 à l’opposé l’un de l’autre.
Shuji est intelligent, Chise ne l’est pas
Shuji est froid, Chise est chaleureuse
Shuji est direct, franc, Chise est timide
Shuji est sportif, Chise ne l’est pas
Les exemples ne manquent pas, et à l’exception de leur maladresse, ils ne possèdent aucun point commun. Pourtant, ils vont finir par s’aimer, parfois essayer de se détester, mais rien n’y fait, ils resteront soudés par ce lien appelé « Amour ».
Par contre, ce lien va mener leur personnalité à changer petit à petit à l’opposé de ce qu’ils étaient.
Leur relation se matérialise également par le journal commun. Au début, celui-ci sera comme une barrière à leur relation, mais par la suite, ce journal commun permettra à Chise de parler franchement de ce qu’elle ne peut pas avouer à Shuji face à face.

Akémi : Akémi est l’amie d’enfance de Shuji. C’est elle qui pousse Chise à se déclarer à Shuji, alors qu’ironiquement, Akémi est elle-même amoureuse de Shuji. Elle possède une petite sœur (que Shuji appelle « Petite Sœur d’Akémi »). Akémi est un peu un garçon manqué, mais elle reste un grand soutien pour Chise et Shuji.

Tetsu : Tetsu est un militaire, il est d’ailleurs le seul militaire qui ne considère pas Chise en tant qu’arme, mais en tant que femme. Chise, sera prise d’affection pour Tetsu pour sa ressemblance avec Shuji (le coté franc, bourru,…). Il est aussi le mari de Fuyumi, et auparavant il était sous le commandement de Mizuki.

Fuyumi : Si Tetsu sera le soutien (ou remplaçant amoureux), de Chise dans l’histoire, Fuyumi sera le soutien de Shuji. Elle incarne son premier amour. Tetsu  étant parti à la guerre, Fuyumi va chercher à combler le vide de cette relation, en allant retrouver son ex, Shuji.

Atsushi : Ami de Shuji et Chise, celui-ci est amoureux d’Akémi. Malheureusement pour lui, lors de sa déclaration, il va apprendre qu’elle est amoureuse de quelqu’un d’autre. Celui-ci décide alors de partir en guerre pour la protéger.

Mizuki :

Sergent Mizuki est une militaire d’expérience, qui fut la dernière survivante de sa troupe après un assaut militaire. Toutefois, cette bataille lui laisse de terribles séquelles et elle est condamnée à être paralysée. Les scientifiques lui proposent une solution alternative à la paralysie, si elle devient une arme. On peut dire qu’elle a vendu son âme au diable. Elle devient donc la première arme ultime. Elle sera rapidement dépassée par les capacités de Chise qui est plus récente qu’elle, d’un point de vue technologique. Celle-ci éprouvera de la jalousie envers elle, mais aussi de l’incompréhension, car elle ne comprend pas que les hautes instances militaires confient le pouvoir à Chise, et ne comprend pas non plus Chise, qui pense à l’amour avant sa patrie.
Par la suite, elle deviendra un peu comme la grande sœur de Chise. Elle était aussi le commandant de Tetsu dont elle été amoureuse.
Mizuki est une personne qui est très stricte, et qui applique les ordres et le règlement à la lettre (une vrai militaire).

Les différences entre le manga et l’animé
Le manga et l’animé proposent la même histoire, mais avec quelques différences.
Tout d’abord, la série animée introduit 2 nouveaux personnages, il s’agit de Take et Yukari. L’anime s’avère aussi moins complet d’un point de vue scénaristique où l’on pourra déplorer l’absence des passages du journal commun, ainsi que de la présence de certaines coupes et censures pas toujours justifiables. A noter également que la fin change sur certains aspects. Les OAV en revanche proposent des événements totalement inédit vis à vis du manga, et rajoutent le personnage de Mizuki.

La réalisation
La réalisation du manga est à l’image de ses personnages. Le style de dessin peut paraître assez étrange au premier abord, mais il colle parfaitement à l’ambiance. Les traits des protagonistes sont peu détaillés, mais expressifs renforçant cette sensation de la faiblesse humaine. Shin Takahashi sublime par sa mise en scène la tension dramatique de son œuvre. Le mangaka trouve un très bon compromis avec des séquences qui se basent uniquement sur la mise en scène de ses pages sans aucun texte afin de mieux mettre en valeur le drame que traversent les protagonistes du manga, et à l’inverse, l’auteur s’oriente parfois qu’avec des pages sans illustration, en se focalisant seulement sur quelques dialogues importants appuyant le désespoir que traverse notre jeune couple. Il exploite également certaines techniques comme le 4koma (4 cases) afin de mettre en avant l’action simultanée de deux protagonistes à deux lieux différents. Il s’agit d’un procédé qui est en théorie utilisée par la BD humoristique, mais que Shin Takahashi l’exploite ici, comme un procédé cinématographique afin de renforcer une sensation de mouvements et de points de vue.


Le style de l’artiste combine à la fois un travail sur du crayonné et un traitement via l’informatique. Mention spéciale, pour les expressions de visage soumises aux personnages. Soulignons également qu’un soin particulier a été fait sur les décors et les villes, qui contrairement aux personnages sont extrêmement fournis en détail.

En ce qui concerne, l’animée, on ressent l’implication du studio Gonzo pour respecter le plus possible l’œuvre mais aussi la réalité. Tout n’est pas parfait, car certains coupes, censures, sont à déplorer, et la mise en scène n’atteint pas la tension dramatique du manga. Musicalement, Takeo Miratsu nous a concocté un véritable bijou musical, les thèmes restent discrets, mais se fondent parfaitement à l’ambiance augmentant ainsi l’immersion du spectateur.
Le style musical mélange la musique électronique avec quelques morceaux à la guitare.

En conclusion

Larme Ultime s’impose comme une référence des manga, et je dois avouer personnellement qu’il s’agit de mon titre culte. Larme Ultime est une œuvre bouleversante, mais aussi un manga trop méconnu en France. La tension dramatique fera pleurer plus d’un lecteur à travers à travers les mésaventures de Shuji et Chise. On ne peut qu’applaudir Shin Takahashi d’avoir créer des protagonistes aussi riches, touchants et « vivants » par le biais de thématique contradictoire avec l’amour en temps de guerre. Le design particulier de Larme Ultime n’attire pas forcément le client. Il ne s’agit pas d’un design commercial, mais lorsqu’on s’intéresse de plus près à Larme Ultime, on se rend compte que ce dessin se marie parfaitement à l’ambiance du manga.
Que ce soit l’anime ou le manga, ils sont tous deux excellents (avec une préférence pour le manga, étant bien plus complet).

Les +

  • Le scénario
  • Les personnages
  • La mise en scène
  • La tension dramatique
  • L’humour
  • Volume conséquent

Les –

  • Certaines questions sans réponses
  • L’abus de certains dessins SD

L’Opening

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